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mardi 11 octobre 2011

Un musée comme voisinage

Dimanche après-midi avant d'aller voter...


ÉTRANGE ET PROCHE est l'histoire d'une rencontre entre le CAPC, Musée d'art contemporain de Bordeaux, et le Van Abbemuseum d'Eindhoven.
 Ce musée hollandais, connu pour sa collection d'art engagé, a été invité à investir le CAPC en présentant une partie de ses collections à l'occasion d'EVENTO 2011, rendez-vous artistique et urbain de Bordeaux.

 Il me semble important de souligner au passage que pour bon nombre de bordelais dont je fais partie, EVENTO apparaît comme une vaste fumisterie électoraliste municipale à double vocation :
 D'une part, essayer de faire croire qu'il y a une politique culturelle ambitieuse dans la ville et, d'autre part, tenter de recréer une manifestation culturelle aussi pertinente (et surtout reconnue nationalement ou + à terme) que feu sigma.

Oublions donc EVENTO (manifestation éphémère - du vent ! - qui s'achèvera aussi vite qu'elle a commencé) pour nous consacrer à cette expo qui durera elle 6 mois de plus !

Les oeuvres choisies par le Van Abbemuseum s'inscrivent dans une réflexion sur la manière dont les contours de notre monde ont évolué à partir de 1989, avec la chute du mur de Berlin, les attentats du 11 septembre, l'adoption de l'économie de marché par la Chine ou, plus récemment, les soulèvements populaires lors du Printemps arabe.
La condition humaine est l'un des grands axes d'Etrange et Proche, tout comme les questions de frontières, de conflit, de territoires nouveaux, de vies en commun contraintes ou souhaitées,de tension de voisinage et d'incompréhension de l'autre.


 Avant d'abriter le CAPC, l'Entrepôt Lainé accueillait les denrées venues des colonies. Édifié entre 1822 et 1824, ce bâtiment majestueux est inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1973, label attribué pour son intérêt architectural indéniable. La double nef imaginée par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Claude Deschamps, est en effet saisissante, tant par l'harmonie de ses volumes que par la pureté de la pierre de Bourg-sur-Gironde.

MLADEN STILINOVIC,  AN ARTIST WHO CANNOT SPEAK ENGLISH IS NO ARTIST (1992)

Un artiste qui ne peut pas parler anglais n'est pas artiste

Faut-il adopter les règles d'une culture dominante et abandonner ses particularismes pour faire entendre sa voix à l'échelle internationale ?

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Le triptique suivant nous interroge sur nos conditions d'humain ; L'artiste Aydan Murtezzaoglu aborde ici la condition des femmes en Turquie sans pathos, sans militantisme mais avec humour. Elle se met en scène en femme totem au centre de la composition.
AYDAN MURTEZAOGLU, AT ROOM TEMPERATURE (2002-2003)
SANS TITRE (ANTENNA) (2000)
SANS TITRE (SITTING ON A BENCH WITH A DOG) (1999)

Selon un rapport de 2011 réalisé par Human Rights Watch, Il t'aime, il te bat, la violence familiale en Turquie et l'accès à la protection : 42 % des femmes turques âgées de plus de quinze ans ont, au moins une fois dans leur vie, été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part d'un membre masculin de leur famille. Ce pourcentage s'élève à 47 % en zone rurale. Comment pouvons-nous féminiser une ville mondiale comme Istanbul ? Comment l'avenir peut-il devenir différent du passé ? Sommes-nous obligés de compter sur la seule action des femmes pour faire bouger les systèmes patriarcaux mis en place par nos aïeux ?

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MARJETICA POTRC, NEW ORLEANS : SHOTGUN HOUSE WITH RAINWATER-HARVESTING TANK (2008)


Après le passage de l'ouragan Katrina en 2005, la Nouvelle-Orléans fut laissée dans un état de désolation. Les Shotgun Houses furent particulièrement touchées. Ces constructions, apparues entre 1860 et 1920 pour les classes moyennes et plus défavorisées, devinrent, dans les années cinquante, un symbole de pauvreté. Leur nom provient du terme "togun" issu du dialecte nigério-congolais yoruba signifiant "maison de Dieu".  C'est aussi une allusion à la structure même de ces habitations tout en longueur qu'un simple tir de fusil de chasse (un shotgun) pourrait traverser d'un bout à l'autre.
 Ces maisons typiques évoquent un souci environnemental et patrimonial. Face à l'inertie et au désengagement de la municipalité, les citoyens de la Nouvelle-Orléans ont dû se mobiliser et s'impliquer personnellement dans la reconstruction de leur propre ville.
Ici, les cariatides, une noire et une blanche, s'allient pour soutenir une structure.
Les différentes communautés partagent leurs différents savoirs traditionnels, s'allient et suppléent aux lacunes des autorités. La citoyenneté devient l'affaire de tous. 

 Ce gros conteneur symbolise le souci écologique de l'humanité pour la planète.

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 C'est une oeuvre très sensuelle que je vous présente maintenant. Où il est question de géopolitique et de conflit.
Vous avez devant vous le plan au sol (imaginaire) d'un habitat palestinien détruit par les israéliens. Ce dallage est un carrelage typique que l'on peut retrouver partout ; un dallage qui traverse le monde.
 LAURENT MARESCHAL, BEITI-MA MAISON (2011)
 Beiti, la maison, lieu de vie où les odeurs évoquent le bien-être chez soi : beiti, cinq épices pour cinq couleurs : curcuma ou  "safran des Indes", zahtar, savant assemblage oriental à base de thym, sumac, graine comestible symbole de longue et bonne vie en Iran, gingembre et poivre blanc.

Chaque territoire est délimité par une frontière bien nette entre les condiments, pourtant , les arômes s'entremêlent...
Où un bouquet d'arômes supplante les questions de territoires. 

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 Cette installation incite à enfreindre les règles, à toucher une oeuvre, établir une familiarité avec cette sculpture.
Déchaussez-vous et rejoignez le cercle.
Mais les apparences sont de nouveau trompeuses , car cet amas de sac de sable, conçu comme une zone de protection militaire, vous accueille non pour livrer bataille mais pour vous enjoindre à partager. Visuellement proche d'un abri militaire, cet espace de discussion fut imaginé par l'artiste pour provoquer des échanges sur des thèmes qui lui sont chers : nos sociétés postindustrielles, l'écologie ou encore la surconsommation.

 Dans un souci écologique, les sacs sont confectionnés dans des chutes de tissus d'ameublement provenant d'une petite fabrique des émirats arabes qui se bat contre la mondialisation.
9 kg de sable par coussin soit  20 tonnes au total ou 14 mètres cube de sable.


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L'oeuvre qui suit illustre l'individualisme ; l'individu au centre d'une communauté. Il s'agit ici de lieux refuges unicellulaires.  Un lit, un mini coin cuisine et un bureau pour une seule personne.
ABSALON, CELLULE (1990) / CELLULE (1991)
Dans l'Ancien Testament, Absolom est le troisième fils du roi David. Réputé pour son immense beauté et pour sa chevelure luxuriante, sa destinée est relatée dans le Livre de Samuel.
Avant de mourir au combat, Absalom fit ériger à sa gloire un monument près de Jérusalem afin de perpétuer sa mémoire ; cet édifice mythique fut, durant des siècles, un objet d'études pour de nombreux théologiens et archéologues. Selon les spécialistes, ce cénotaphe était une construction à la blancheur immaculée célébrant le culte d'un être unique. Ce tombeau monocellulaire pourrait bien évoquer l'unité d'habitation, tout à la fois lieu refuge et espace individuel de l'artiste Absalon, orthographe répandue de l'Absalom biblique.

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L'oeuvre suivante est le décor d'une expérience artistique borderline dépassant les limites de l'entendement humain, un miroir déformant de la réalité.
ARTUR ZMIJEWSKI, REPETITION (2005)
Quelle est la part d'authenticité et celle de jeu dans nos activités sociales ?
Cette prison factice a été le théâtre d'une insolite démarche : la réédition d'une expérience scientifique menée en 1971 par le Professeur Zimbardo à l'université américaine de Stanford. Trente-quatre ans plus tard, l'artiste polonais Artur Zmijewski recrute des volontaires, leur assigne arbitrairement le rôle de prisonnier ou de surveillants puis les filme pendant sept jours, avant de cesser brutalement l'expérience. Ce sont les figurants qui ont souhaité, à l'unanimité, mettre fin à ce "jeu de rôle", contrairement à la version originale qui fut stoppée par Zimbardo, obligé d'intervenir face à des gardes devenus violents envers les détenus.
Vous avez aperçu le lieu de tournage, mais vous pouvez également regarder le résumé en images : la vidéo d'Artur Zmijewski retraçant ces sept jours d'expérimentation artistique.



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Une oeuvre qui m'a beaucoup plu ; j'aime les collections ! 


HÜSEYIN BAHRI ALPTEKIN, SELF-HETEROTOPIA, CATCHING UP WITH SELF (1991-2007) 

Cet étalage d'objets trouvés, usés et récupérés, est une collection. Il raconte les voyages que l'artiste a entrepris durant seize ans, entre la fin de l'Union soviétique (1991) et le début de la crise financière de 2007. Cette oeuvre retrace un circuit autour de la Mer Noire et à travers les territoires balkaniques du nord de l'Europe, périple cosmopolite où les communautés s'influencent mutuellement. L'association d'images, de langues différentes et d'objets de consommation courante, célèbre la richesse du multiculturalisme à l'ère de la mondialisation.





























Je vais m'arrêter là même si je ne vous ai pas tout dévoilé. J'espère que cette présentation vous aura plu et vous aura donné envie de vous rendre au CAPC.
C'est une très belle expo qui valorise l'humain et s'inscrit dans la réalité. Un regard dur (notamment certaines vidéos)mais valorisant de la condition humaine qui tend vers l'humanisme.

Un grand merci à Myrtille Bourgeois pour sa visite guidée qui m'a passionnée et éclairée.

ETRANGE ET PROCHE,
Un musée comme voisinage,
du 6 octobre au 12 février 2012
CAPC
musée d'art contemporain
Entrepôt Lainé
7 rue Ferrère
33000 Bordeaux

19 commentaires:

Lady and Olga a dit…

C'est vraiment passionnant ! Merci pour cette magnifique visite virtuelle :)))

Olga
http://ladyandolga.blogspot.com/

Bernadette a dit…

Je retiens le slogan du début et mon moral est au plus bas : je viens de comprendre que décidément, je ne suis pas une artiste .... ;-)

Caro a dit…

c'est marrant, à des centaines de bornes l'une de l'autre nous avons partagé une œuvre (moi c'était ce samedi). En plein biennale de l'art contemporain sur Lyon, un collectif de Johannesburg The Center for Historical Reenactments(œuvres qui traitent majoritairement de l'apartheid) a créé un espace appelé Xenoglossia et a pris la décision d’inclure l’oeuvre de Malden Stilinovic, An Artist Who Cannot Speak English is No Artist. "Say ! If you speak ENGLISH, we must be getting near CIVILISATION!" un bb blanc dans un landau interpelant sa "nounou" (?) noire.
Réflexion autour de la question de la diffusion de l’œuvre d’art également . bref !
j'vais bien finir par venir dans cette terre hostile de séduction du lectorat ;)
Bises Yelle

Caro

Yelle a dit…

Caro : Etonnant et génial de se trouver devant l'oeuvre d'un même artiste presque au même moment !
C'est mon lectorat qui va être hostile à ce billet je le sens...
Pas grave ; ça m'a fait plaisir de le faire. Je suis certaine que la visite de cette expo plaira à ma classe ; les enfants sont sensibles aux réflexions philosophiques qu'on peut susciter en eux par le biais de tels supports (une ouverture vers un questionnement essentiel...). Propice à des débats très riches en classe. Bises et un grand merci pour ton commentaire.

Bernadette : Oh que si, tu es artiste !! A ta manière : Une artiste de la fringue ! Après, ce genre d'expo dérange et bouscule ; c'est aussi le but ! Bises et merci pour ta visite !

Lady and Olga : Contente que ça t'ait plu ! Bises

Yelle a dit…

Bernadette : Oups ! J'étais pas réveillée ! J'ai pigé à retardement le rapport avec ton billet d'hier...dans lequel "tu speakais english afin d'améliorer ta polyglotonie" hé hé ! Vu sous cet angle, t'es bien partie pour être artiste, je t'assure, tout est question de volonté ! Bises

Stéphanie a dit…

Merci Yelle pour ces belles photos ! J'ai toujours aimé le CAPC. Pendant ma vie Bordelaise je n'ai pas raté une seule expo ! J'ai même fait un stage la-bas durant mes études.
A l'époque la ville financait à fond et j'y ai vu des expos absolument spectaculaires !

muse a dit…

quel bel article! j'aime bien le paradoxe des sacs de sable! Xx Muse

L'armadio del delitto a dit…

Très intéressant, quel dommage que j'habite si loin! Ton post a été une petite visite à distance!

dimitri a dit…

Des œuvres très intéressantes et qui poussent à la réflexion.
C'est bien que des artistes s'engagent. Fassent passer des messages.
Merci pour ce partage. Cette visite fut passionnante.

Caro a dit…

l'electorat .. non pas ton lectorat ... fatigue nocturne mais tu avais compris !

lespetitsgateauxdumondedelamode a dit…

Très belles images,merci pour cette visite!
Bisouus,
Lune

Mia in TERRA LATINA a dit…

Waouh, j'adore ! Il est génial ton billet ! Merci pour cette découverte . Je suis jalouse... C'est une visite qui me parle beaucoup ! ;-)

Sandrine a dit…

Une article très intéressant et une belle visite avec des œuvres qui m'ont plus (dame assise sur le banc avec le chien, le cercle de coussins). Bisous.

Yelle a dit…

Merci aux visiteuses courageuses !!

Marie-Jo a dit…

Voici une expo où je serai allée si j'habitais dans ta ville.Merci de me l'avoir fait découvrir. A Dijon nous avons le FRAC (Fonds Régional d4art Contemporain) qui vient d'etre transféré dans une usine et qui nous propose des expos trés sympas aussi, sinon pour la danse je vais une fois par mois à Paris (d'ailleurs c'est ce week end!!!!)et c'est aussi l'occasion d'aller à Beaubourg ou au Quai Branly et respirer l'air parisien, j'adore!!!!
A bientot Yelle et encore merci d'etre aussi curieuse!!! Bises

Yelle a dit…

Marie-Jo : Nous avons également notre Frac Aquitaine (Une collection d'Art contemporain depuis 1982) sur les quais dans d'anciens hangars. Très avant-gardiste dirons-nous ! Très riche également. Où vas-tu à Paris pour la danse ? Quand j'étais "parisienne" j'avais pris un abonnement au Théâtre du Châtelet pour la danse ainsi qu'au TEP pour le théâtre. Beaubourg était ma sortie des WE pluvieux... Et tous ces beaux musées à portée de main. C'est pourquoi ici, je savoure le peu qu'on nous propose ! Très bon WE parisien ! (Je t'envie...) et merci pour ta fidélité qui me booste ! Bises

Marie-Jo a dit…

J'ai un abonnement au théatre de la ville, la dernière fois j'ai donc découvert le théatre Monfort dans le 15eme et ce week end je vais voir une création de Boris Charmatz avec des enfants au théatre de la ville, ça varie souvent entre celui là et celui des abbesses.ENtre temps, un petit vide grenier ( derniére acquisition: un manteau en cachemire acheté au vide grenier de Montmartre , super chaud , trés lourd et fabriqué en Allemagne pour...30 euros!!!)et une bouffée d'air parisien, je ne sais expliqué mais je me sens légère à Paris, moins coincée qu'en province, étrange!!
Merci de faire découvrir Bordeaux, les expos , ton univers c'est un rendez vous régulier qui fait beaucoup de bien.
A bientot Yelle, bises

Yelle a dit…

Marie-Jo : ça doit être drôlement sympa un vide-grenier à Montmartre ! Tu as raison, c'est bien de garder un pied à Paris ! Je comprends le sentiment de légèreté que tu y ressens. Bises et profite-bien !

DAMESKARLETTE a dit…

Impressionnant et surprenant cet endroit il faut avoir les yeux partout. Merci pour cette jolie découverte. Bises ma belle